Images de la page d'accueil
Ajoutez un logo, un bouton, des réseaux sociaux
Ce roman qui commence dans les années 70 en milieu rural nous a rappelé des souvenirs de jeunesse, à travers le personnage d’Alexandre, fils d’agriculteurs destiné à reprendre la ferme familiale.
On y retrouve les mutations du monde paysan, confronté à la difficulté croissante de vivre de son travail, au départ des enfants en ville, d’abord pour étudier, puis pour y chercher une vie professionnelle et un mode de vie moins contraignants, comme ses sœurs, au risque d’y perdre les liens familiaux et de se faire happer par d’autres contraintes.
Les évènements de ces années sont évoqués à travers les personnages, tels l’opposition au camp militaire du Larzac, les attentats antinucléaires ou autonomistes, la construction de l’autoroute A20.
Pas de manichéisme dans ce récit, qui aborde de nombreux thèmes de réflexion sur les évolutions sociales, et leurs conséquences sur l’environnement.
On voit ainsi l’avènement de nouveaux modes de consommation instaurés par les supermarchés, lesquels favorisent le volume et le prix au détriment de la qualité (la viande bio de la ferme qui paraît moins rouge et se vend moins, le jambon rosi par les conservateurs), le développement de la publicité et l’incitation à augmenter les rendements par les apports d’intrants chimiques, la concurrence des importations conduisant à l’abandon de cultures locales(safran).
Aux deux extrêmes de ces modèles, l’auteur nous peint le vieux Crayssac, dénué d’ambition financière mais soucieux de préserver son environnement jusqu’à l’excès parfois, et les jeunes étudiants révoltés prêts à user de violence pour faire valoir leurs idées mais aussi à tenter de vivre leur utopie communautaire et décroissante.
Au milieu se trouve Alexandre, jeune homme doux, dévoué à sa famille et au bien être de sa terre et de ses animaux, se laissant un temps utiliser par les amis de son amoureuse Constanze afin de se rapprocher d’elle, un garçon peu politisé qui pourtant tient à ses valeurs.
Les plus belles pages nous le montrent prenant conscience de la beauté et la fragilité de son environnement à travers le regard émerveillé de sa compagne Allemande et citadine, le récit se clôt sur le joli symbole de la ligne du téléphone honni par Crayssac, qu’Alexandre répare avec les connecteurs ayant servi aux attentats des étudiants, la ligne qui demeure son seul lien avec Constanze…
Nous avons eu beaucoup à dire sur ce récit qui aborde des sujets toujours actuels dans l’inquiétude qu’ils suscitent ; la tendresse et quelques traits d’humour permettent d’espérer une issue moins prévisible, comme la fin ouverte de la narration n’enferme pas ses personnages dans la fatalité.
L’auteur use d’un style fluide et simple tout en nous parlant de sujets graves, savoir retenir l’attention sans s’appesantir dans le pathos le désigne parmi les bons auteurs.
LES COUPS DE COEUR
«Les saules» de Mathilde BEAUSSAULT: premier roman primé en 2025 (grand prix de littérature policière), le meurtre d’une jeune fille nous dépeint la rudesse d’un monde paysan qui travaille beaucoup et se tait, par une autrice née dans ce milieu.
«Corps et âme» de Franck CONROY: beau récit d’un jeune homme pianiste passionné, qui emporte même le lecteur peu féru de musique. Ce livre épais mais d’une lecture aisée sera notre lecture estivale pour notre cercle de la rentrée.
«Miss Bretagne a disparu» d’Anne Sophie CLOAREC: un polar plein d’humour dans la collection cosy mystery.
«La symphonie neuronale» de Barbara TILLMAN et Emmanuel BIGAND: coécrit par une chercheuse en neurosciences et un chef d’orchestre, la découverte des apports majeurs de la musique au développement du cerveau humain.
«Tous les silences ne font pas le même bruit» de Baptiste BEAULIEU: l’auteur médecin généraliste nous raconte ses expériences personnelles et professionnelle de ce que l’on vit lorsqu’on est homosexuel, inversant les rôles entre la majorité qui définit la norme et la minorité considérée comme une déviance, cela nous incite à la réflexion sans leçon de morale, avec humour et pertinence.
«Clair de femme» de Romain GARY: la rencontre de deux êtres en deuil, qui tentent l’aventure malgré leurs peines.
«Rousse ou les beaux habitants de l’univers» de Denis INFANTE: roman primé qui met en scène une jeune renarde dans un monde privé d’eau, une jolie fable poétique sur les relations entre les espèces.
Comme souvent la moisson est riche et diverse, de quoi découvrir et passer de beaux moments.